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Le sida a trente ans – partie 2

Le début des années 90 continue d’être une hécatombe, « la consultation du soir » créée en 88 ne désemplit pas. Elle offre l’anonymat et l’heure tardive mais parfois les patients souffrent du poids du silence de l’hôpital le soir et de ce qu’ils repèrent sur le visage ou le corps de l’autre les signes évidents de l’aggravation de la maladie. De nouveaux médicaments renforcent l’arsenal thérapeutique et fin 95-debut 96, les résultats des premiers essais de trithérapie comprenant une anti protéase bouleversent les données. On peut dorénavant abaisser la quantité de virus dans le sang (qu’on sait maintenant mesurer) jusqu’a ” l’indétectabilité”. Les choses vont très vite. Je suis l’un des conseillers du directeur général de l’Assistance Publique quand il faut gérer le risque de ne pas pouvoir obtenir autant de traitements qu’il n’en faut pour tous les malades en attente urgente de traitement. Le comité d’éthique préconise un tirage au sort ! Auquel se substituent des comités de mise en priorité dans les hôpitaux. Cependant les médicaments arrivent vite en quantité suffisante, les malades s’améliorent de façon spectaculaire. L’espoir est là pour le monde, le slogan  lors de la XIème conférence internationale sur le sida qui se tient à Vancouver en juillet 1996  est “one world, one hope“. Les années qui suivront seront celles des progrès. Le service intensifie ses activités d’enseignement et de recherche. Il est repeint, les consultations prennent un sens qu’elles n’avaient pas auparavant. On parle de gestion d’une infection chronique. On apprend à voir des complications tardives de l’immunodépression, en particulier les lymphomes. Les femmes peuvent décider de grossesses ou le risque de transmission verticale du virus devient très faible et le désir de grossesse s’accroit avec la gestion nouvelle possible de la maladie. Pour les usagers de drogue, on met en place la réduction des risques et nous ouvrons un centre de méthadone et d’accueil “à bas seuil” à la limite de l’hôpital et de la rue Didot, Nova Dona. L’installation d’un échangeur de seringues (le deuxième à Paris) révolte le voisinage. La population des malades change avec l’arrivée d’immigrants. L’équipe se consolide. Au début des années 2000 lorsque nous déménageons à l’hôpital Pompidou, nous sommes 5 médecins à temps plein, autant de vacataires et 1500 malades sont sous traitement dans le service. Le temps s’accélère. En 1998, je suis nommé directeur de l’Agence nationale de recherches sur le sida. Jusqu’en 2005, je partagerai mon temps entre l’ANRS, le service hospitalier, l’Unité de recherches qui s’installe à l’Odéon, dans l’Institut des Cordeliers, et la faculté. L’ANRS crée des “sites de recherche” en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Vietnam et au Cambodge et décide de consacrer un tiers des crédits à la recherche au bénéfice de l’accès des malades au traitement dans le monde en développement.

 La recherche fondamentale, la recherche clinique et la recherche vaccinale progressent. Je m’oriente de plus en plus vers les questions du traitement dans les pays pauvres, entre dans divers comites internationaux, en particulier à l’OMS et je fais partie, à la demande de Bernard Kouchner, de la délégation française à Bruxelles en 2001 lors des discussions qui précèdent la création du Fonds mondial. Il s’agissait pour moi d’y plaider que le Fonds se consacre aussi au traitement et pas seulement à la prévention ! Le Fonds nait en 2002 et j’en deviens le premier Président du comité indépendant de sélection des propositions (TRP) pour quatre ans. En 2005, je suis nommé Ambassadeur pour la lutte contre le sida et les maladies transmissibles au ministère des affaires étrangères et deviens le représentant de la France au Conseil d’administration. Je poursuis mon activité de consultation et de soins mais le changement de cap s’est produit. En février 2007, je suis élu à la direction du Fonds mondial et entre définitivement dans un autre univers, celui de l’effort international à grande échelle, d’accès à la prévention et au traitement pour les pays en développement. Les malades du Nord bénéficient de traitements simplifiés très efficaces, l’espérance de vie d’un patient traité rejoint celle d’une personne non malade. Au Sud, on utilise toujours les combinaisons tri – thérapeutiques validées en 2003. Un pont a été jeté mais un fossé profond persiste entre les pays riches et les pays pauvres. Cette semaine, nous serons à dix ans de la première Assemblée générale des Nations unies sur le sida. Il reste tant à faire.

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